Votre chirurgien du genou, après vous avoir consulté, a jugé qu’il était nécessaire de vous opérer et a indiqué la pose d'une prothèse de genou. A ce jour, la chirurgie de prothèse du genou est une intervention bien maîtrisée, de plus en plus pratiquée en France compte tenu de la qualité de ses résultats et de la longévité améliorée des implants. Cette rubrique spécialisée sur la prothèse du genou est destinée à vous documenter sur les grands principes de cette intervention chirurgicale, son but et ses bénéfices attendus mais aussi les éventuels inconvénients ou complications qui peuvent toujours survenir.
On appelle prothèse de genou l’implant artificiel qui servira au remplacement des zones abimées de l’articulation du genou. L’intervention est aussi appelée arthroplastie prothétique du genou. La prothèse totale de genou est formée de 3 pièces : tibiale, fémorale et rotulienne. En France il est réalisé environ 50000 interventions pour prothèse de genou chaque année. L’indication la plus courante est l’arthrose du genou qui touche chaque année plus de 30% des personnes de plus de 60 ans.
Cette intervention a considérablement amélioré la qualité de vie des patients souffrant d'arthrose évoluée que les traitements médicaux ne soulagent plus ou bien de maladies inflammatoires, comme la polyarthrite. Les progrès des implants ainsi que l’amélioration des techniques chirurgicales et de la prise en charge de la douleur post opératoire ont nettement contribué à la qualité des résultats actuels en matière de fonction et de douleurs du genou. La durée de vie des prothèses est maintenant en moyenne de 15 à 18 ans.
La durée d’hospitalisation est d’environ 5 à 8 jours. La prise en charge de la douleur post opératoire est systématique bien que parfois difficile à vaincre totalement les premiers jours. La rééducation du genou opéré ainsi que la verticalisation et la marche sont entreprises dès le premier voire deuxième jour après l’intervention et sera poursuivie environ 2 mois après la sortie. Habituellement les délais de récupération d’une fonction correcte se font vers le 3ème mois et seront acquis entre le 6ème et 12ème mois post opératoire.
Pour schématiser, l’indication chirurgicale, dans le cadre d’une arthrose de genou, sera portée par le chirurgien lorsque seront réunies, habituellement, trois conditions :
Bien entendu, chaque patient étant un cas particulier, certaines finesses d’indication pourront être retenues par le chirurgien dans son indication d’opérer.
Il est coutume de dire que le meilleur moment pour poser l’indication d’une prothèse de genou est lorsque le patient lui même le demande et le chirurgien l’accepte lorsque les conditions ci dessus sont réunies. En effet, La douleur est le symptôme primordial emportant la décision chirurgicale et seul le patient lui même est capable d’analyser et de quantifier sa douleur. Ce qui veut dire que dans la relation tripartite entre le chirurgien, le patient et sa famille la décision est prise par le patient et lui seul. Le chirurgien dans son rôle de professionnel devra accompagner le patient dans sa décision en l’informant des avantages et inconvénients de chaque possibilité thérapeutique (abstention, traitement médical ou traitement chirurgical). Le patient prendra sa décision lorsqu’il sera informé des tenants et aboutissants des choix thérapeutiques qui s’offrent à lui.
D’autre part, il faut savoir que l’âge du patient n’est pas à lui seul un critère déterminant l’indication d’opérer bien qu’il reste un élément important de la décision opératoire. Effectivement, on préfèrera opérer le plus tard possible mais il est faux de croire « qu’on est trop jeune pour une prothèse » ou bien « qu’il vaut mieux opérer maintenant que lorsque j’aurai un âge plus avancé » sans autre critère d’évaluation de l’indication d’une prothèse (cause de l’atteinte articulaire, intensité et fréquence des douleurs, importance de la détérioration du cartilage, retentissement sur les activités quotidiennes et/ou professionnelles, déformation des membres et décompensation sur d’autres zones du corps).
La seule chose que le patient doit s’imposer à titre préventif, avant la chirurgie et pendant la période du traitement médical, est une surveillance régulière de son arthrose du genou à la fois par l’examen clinique et radiologique tous les 6 mois ou bien lorsque l’état de son genou s’aggrave. A l’évidence les chirurgiens peuvent hésiter à opérer un patient jeune car la durée de vie des prothèses est de 15 à 18 ans en moyenne et le cas échéant une ré-intervention est plus délicate, mais parfois la chirurgie s’impose, en l’absence d’alternative, devant une douleur non régulée et une diminution nette des activités quotidiennes et professionnelles d’un sujet jeune.
Les résultats de la prothèse de genou s’apprécient selon plusieurs critères :
Le principal objectif d’une prothèse de genou est de soulager la douleur, c’est le premier critère habituellement utilisé par le chirurgien dans son indication d’intervenir chirurgicalement. Dans près de 70% des cas on obtient une disparition des douleurs jugées complète par les patients, dans 15% des cas il persiste quelques douleurs résiduelles, intermittentes souvent occasionnées par des efforts physiques, ces douleurs ne nécessitent que très occasionnellement la prise d’un traitement antalgique et le patient ne les perçoit que comme une simple gêne, enfin en l’absence d’anomalie ou de complications post opératoires il existe dans 5% des cas des douleurs résiduelles un peu plus importantes, pouvant justifier un traitement médical complémentaire mais ces douleurs sont ressenties par le patient comme bien moindre que ce qui existait avant l’intervention chirurgicale. Au total plus de 90% des interventions atteignent leur objectif en matière de douleur et de fonction.
Enfin, on retrouve moins de 10% de résultats fonctionnels insuffisants en rapport des complications mais aussi, en l’absence de complications, à des douleurs séquellaires gênantes ne permettant pas une mobilité suffisante du genou avec une flexion inférieure à 90° et une limitation des activités courantes.
Actuellement les prothèses de genou permettent d’atteindre de bons degrés de mobilité du genou avec une extension quasi complète (0°) et une flexion d’en moyenne 120°. Il faut tout de même savoir que ces degrés de mobilités sont d’autant plus aisés à obtenir par la chirurgie que le genou n’est pas trop enraidi avant l’intervention, d’ou l’utilité de rééduquer les genoux arthrosiques pour conserver des mobilités correctes et un bon environnement musculaire pendant toute la phase du traitement médical avant intervention chirurgicale. La rééducation post opératoire est importante et demande une participation active du patient pour permettre l’obtention de mobilités satisfaisantes du genou.
La fonction du genou est en étroite corrélation avec les 2 paramètres cités plus haut. En effet, la reprise d’une marche normale, sans cannes, sans limitation du périmètre de marche, la pratique des escaliers et de certaines activités physiques seront à l’évidence permises par l’obtention de bonnes mobilités et d’un genou sans douleur. Il est donc permis d’envisager de mener une vie dite « de tous les jours » normale, avec la possibilité de pratiquer certaines activités physiques de randonnée, vélo, natation, golf. Toutefois certaines activités sportives à forte sollicitation du genou seront contre indiquées pour ne pas raccourcir la durée de vie de la prothèse (sport de course ou saut, sport de contact). Le surpoids est aussi un facteur important sur la durée de vie d’une prothèse, il est donc important d’envisager la réduction pondérale de patients en surpoids déjà bien avant de programmer la prothèse de genou. N’hésitez pas à demander conseil à votre chirurgien sur les possibilités de reprise d’activités physiques après une prothèse de genou, car bien entendu chaque cas est particulier.
Les résultats à long terme sont à ce jour satisfaisants. Mais il existe à long terme un risque de descellement ou d’usure qui correspond à une mobilisation de l’implant sur son support osseux. Généralement l’os vieilli plus vite que la prothèse et celle ci se détache de l’os sur lequel elle est scellée entrainant un réveil des douleurs. Pour 90% des patients opérés dont le résultat initial est bon, la prothèse est encore bien scellée à 15 ans et peut laisser espérer une durée de vie de plus de 20 ans de la prothèse. Bien entendu le risque de descellement augment proportionnellement avec les années, l’âge du patient, le degré d’activité du genou et la surcharge pondérale du patient. Les prothèses n’ont donc pas à 100% une durée de vie infinie mais elles rendent un grand service aux patients dont l’indication est bien posée.
Toutes les interventions de chirurgie fonctionnelle des membres comportent un risque de complications. La plupart sont communes à toute intervention de chirurgie et d’autres sont spécifiques à la chirurgie prothétique du genou. Un bilan médical préopératoire est nécessaire afin d’évaluer au mieux les risques potentiels pour en limiter le taux et informer le patient.
Les complications peuvent survenir pendant ou à proximité de l’acte opératoire, ou bien quelques jours à plusieurs années après.
Les complications dites per opératoires (pendant l’intervention).
Elles sont exceptionnelles et le chirurgien mettra toute son expérience pour en limiter les risques et les conséquences:
Elles regroupent les infections tardives, l’enraidissement, et le descellement de la prothèse :
Votre spécialiste sera à même de répondre à toutes vos questions concernant les différents points concernant les avantages et risques de l’intervention de prothèse de genou. Il faut rappeler que la législation impose au chirurgien de vous communiquer les risques inhérents à l’intervention, le fait de vous informer des risques n’en augmente pas le taux et le fait de vous les cacher n’en diminue pas non plus le taux, c’est ainsi qu’il ne faut pas oublier que cette intervention apporte dans la très grande majorité des cas un bénéfice significatif lorsque l’indication est bien posée sur un genou en souffrance irréversible.
Dr David CATTAN, Chirurgien Spécialiste du genou ( Paris)