Nutrition / Diťtťtique

Troubles du comportement alimentaire (TCA)

Hyperphagie prandiale

L’hyperphagie prandiale correspond à une augmentation des apports caloriques au moment des repas. Elle peut être liée à :

  • une augmentation de la faim ou de l’appétit,
  • une sensibilité excessive au plaisir sensoriel associé aux aliments,
  • un recul du rassasiement ou à l’absence de satiété,
  • un dépassement de la satiété.

La tachyphagie, c’est-à-dire une rapidité particulière de la prise alimentaire, peut contribuer à l’hyperphagie de même que la tendance à consommer de larges portions. L’hyperphagie prandiale est souvent mal identifiée par les patients. Ceux-ci ont une conception de la “norme” alimentaire liée à leur apprentissage préalable (éducation alimentaire) et à leur propre représentation de ce qu’est une alimentation normale.

 

Hyperphagies extra-prandiales :

Grignotage

Le grignotage est caractérisé par l’ingestion répétée, quasi automatique, de petites quantités de divers aliments non spécifiques sans ressentir de faim ou d’appétit, bien que les aliments consommés soient souvent jugés agréables. Il s’agit d’un comportement “passif” où la disponibilité des aliments, facilement accessibles, joue un rôle essentiel. Il s’associe fréquemment à une sensation d’ennui. Le grignotage est facilement admis par les patients, car il ne s’accompagne pas spécifiquement d’un sentiment de culpabilité. Sa quantification est souvent difficile du fait de son caractère passif, répété et automatique.

Compulsions alimentaires

Les compulsions alimentaires décrivent une consommation impulsive, brutale d’un aliment (ou une catégorie d’aliments) donné, souvent apprécié, en dehors des repas, typiquement en réponse à une envie plutôt qu’à la faim. Les épisodes s’accompagnent initialement d’un soulagement, voire d’un plaisir, puis d’un sentiment désagréable de culpabilité. La notion de compulsion est indépendante du volume de la prise alimentaire. Ces épisodes surviennent fréquemment en fin de journée en rapport avec l’angoisse vespérale, avec la perte du contrôle social lors du retour à domicile. Les compulsions sont fréquentes chez les patients au régime d’autant plus s’il y a frustration.

Les auteurs anglo-saxons, dans un registre proche, décrivent le “craving” (“urgence à manger”) qui correspond à une envie impérieuse et intense de manger.

Accès boulimique ou crise de boulimie

La crise ou accès boulimiques sont des prises alimentaires massives survenant en dehors des repas en l’absence de sensation de faim. Au cours de l’accès, le sujet ingère de grandes quantités de nourriture au-delà de toute satiété. La notion de perte de contrôle est essentielle. La qualité gustative des aliments est généralement indifférente. C’est en général la contenance gastrique qui constitue le facteur limitant le volume de la prise. Le sujet s’arrête à cause de l’apparition de douleurs gastriques ou par vomissements spontanés. Pendant les crises, le sujet est seul et le comportement boulimique est en général caché à l’entourage. Il est généralement conscient du caractère anormal de son comportement et ressent angoisse et honte.

Comportement alimentaire : du normal au pathologique.

Un comportement alimentaire est considéré comme normal s’il satisfait sa triple fonction biologique, affective et relationnelle et contribue au maintien d’un bon état de santé.

 

Le comportement alimentaire peut être modifié dans de nombreuses circonstances. Il peut s’agir d’un mécanisme adaptatif. Tel est le cas de l’hyperphagie du diabète décompensé ou de l’hyperthyroïdie. On ne peut pas parler ici de pathologie primitive du comportement alimentaire.

Ailleurs, le désordre alimentaire peut être le symptôme d’une maladie générale : par exemple l’anorexie du patient cancéreux.

Pour que l’on considère une caractéristique du comportement alimentaire comme une “pathologie du comportement alimentaire”, les conditions suivantes doivent être requises :

– la conduite alimentaire diffère de façon importante sur le plan qualitatif ou quantitatif de la conduite habituelle des individus vivant dans le même environnement nutritionnel, social et culturel,

– la conduite alimentaire entraîne des conséquences néfastes sur la santé physique (obésité, dénutrition, carences) ou psychologique (sentiment d’anormalité, exclusion sociale, obsession, dépression...),

– la conduite alimentaire témoigne d’une difficulté existentielle, d’une souffrance psychologique ou d’une lésion du système biologique qui contrôle la prise alimentaire.

Le désordre du comportement alimentaire représente généralement une réponse répétitive, univoque, systématique à une situation de mal-être. Exceptionnellement, ces troubles peuvent être liés à des désordres organiques (tumeur de l’hypothalamus : y penser en cas de céphalées,

troubles visuels, de manifestations endocriniennes).

C’est dire l’importance de l’examen clinique, de l’histoire pondérale, de l’évaluation nutritionnelle, somatique, psychologique et sociale.

Les déterminants des troubles du comportement alimentaire sont multiples et souvent intriqués ; biologiques, psychologiques et sociaux. Les déterminants psychologiques peuvent être liés à une situation de mal-être, de mésestime de soi, de dépression, de restriction chronique.

Le trouble du comportement alimentaire est un “passage à l’acte” qui apporte un soulagement transitoire. La dépression et l’impulsivité liée à la restriction sont des déterminants fréquents.

Sur le plan biologique, il faut insister sur le rôle déclenchant ou facilitateur des régimes, de la restriction calorique. Celle-ci favorise l’impulsivité alimentaire, l’obsession alimentaire. Enfin, les déterminants socio-culturels sont liés à la pression sur l’idéal minceur.